CEREMONIE DU 11 NOVEMBRE

Publié le mar 10/11/2020 - 08:22

Compte tenu de la situation exceptionnelle liée à l'état d'urgence sanitaire et aux mesures de confinement, la cérémonie commémorative du 11 novembre s'est déroulée en format très restreint, sans public.

Retrouvez ci-dessous le discours de M. Jean-Marc DEFREMONT, Maire : 

 

Mesdames et Messieurs les Elus, 

Mesdames et messieurs, 

 

Soixante dix neuf noms de Saviniens figurent sur le monument aux morts. C’est le prix que notre ville a payé pour cette guerre de 1914 à 1918. 

 

Dans toutes les communes de France des souscriptions furent ouvertes pour édifier après 1918 des monuments aux morts pour rappeler le souvenir de ces jeunes hommes disparus après une vie trop brève, sur les champs de bataille de la Marne et des Ardennes.

 

Souvenons nous de ces jeunes saviniens qui sont morts, comme 10 millions d’autres, en laissant des veuves et des orphelins derrière eux,  des parents endeuillés. Souvenons nous aussi de ceux qui ont refusé d’obéir à des ordres qu'ils ne comprenaient ou n'acceptaient pas et ont été fusillés pour l’exemple. Sans oublier les 48 000 tirailleurs du Maghreb et 27 000 soldats d'Afrique subsaharienne morts pour la France, après avoir été recrutés par l'empire colonial, le plus souvent par la contrainte.

 

Ce conflit, l’époque le présentait comme inéluctable. Les élites des deux camps considéraient cette guerre comme nécéssaire, et c'est ce qu'elle est restée dans l’inconscient collectif. 

 

Or de grandes figures politiques ont tenté de stopper la guerre. ils l'ont payé de leur vie, de leur santé, de leur liberté. 

 

En Allemagne, Rosa Luxembourg déclare le 26 septembre 1913 devant ses compatriotes allemands « Si on attend de nous que nous brandissions les armes contre nos frères de France et d’ailleurs, alors nous nous écrions : “Nous ne le ferons pas !” ». Pour ces mots, elle est accusée d’appel à la désobéissance et comparaît en jugement le 20 février 1914. Elle persiste et déclare au procureur : « Selon notre conception, c’est le peuple tout entier qui fait la guerre. Et c’est à lui de décider de la guerre et de la paix. C’est à la masse des hommes et des femmes travailleurs, des jeunes et des vieux, qui peut la trancher et non pas cette petite portion du peuple qui s’abrite, comme on dit, dans les basques du roi. » Rosa Luxembourg appelle à voter contre les crédits de guerre en Allemagne. C'est peine perdue. 

 

En France, le plus ardent défenseur de la paix est Jean Jaurès. Ses prédictions sont visionnaires. Dès 1911 il met en garde ses collègues députés contre la montée des tensions en Europe et les risques de guerre : « Ce seront des masses humaines qui fermenteront dans la maladie, dans la détresse, dans la douleur, sous les ravages des obus multipliés, de la fièvre s’emparant des malades. », dit-il. Et en effet, la Première guerre Mondiale a tué en France 10% de la population active.

 

Près de 10 millions de personnes sont mortes dans le conflit en Europe. 300 000 soldats sont revenus du front blessés de la face et mutilés, tels les personnages immortalisés par Otto Dix, tel Edouard Péricourt, héros sans visage du roman Au Revoir Là Haut. 3 millions d’hectares ne pourront plus être cultivés en France en raison de la présence dans le sol d’obus et de cadavres.

 

Le 29 juillet 1914, Jean Jaurès prononce un grand discours à Bruxelles pour appeler une nouvelle fois à la paix. Le 31 juillet, deux jours plus tard, Raoul Villain, nationaliste, l’assassine dans le 2e arrondissement de Paris, au café du Croissant. Les crédits de guerre sont votés en France. L’Union sacrée est en marche.

 

Au terme de quatre ans de conflits, une paix est signée à Versailles. Elle humilie les vaincus en exigeant des réparations écrasantes, qui porteront le germe de la revanche et des totalitarismes en Allemagne et en Italie. Cette paix mal signée aboutira à une guerre industrielle qui laissera des traces durables en Europe et dans le monde. Ce n'est que par la volonté de 6, 9, 12, 25, puis 28 chefs d’Etats européens, que la construction européenne a permis d'empêcher qu'une nouvelle guerre ne renaisse sur notre continent.

 

En ce jour de souvenir, pensons à notre histoire commune, celle d’une Europe encore en proie à des tourments, à des replis, à la montée des populismes et des extrémismes, une Europe cependant où tous les citoyens sont égaux face à la pandémie et à la fragilité de nos économies. Gardons en tête que le meilleur peut aussi être possible et qu’un monde plus apaisé est attendu par l’immensité de nos concitoyennes et de nos concitoyens d'Europe.

 

Ce monde apaisé ne se construira ni sur l'humiliation d'autrui, ni sur la division, ni dans un enfermement communautaire. La réponse aux défis d'aujourd'hui doit être trouvée dans le vivre-ensemble, dans des règles communément acceptées et comprises. C’est la leçon du traité de Versailles. C’est la leçon de la construction européenne. 

 

Le jour de son assassinat, Jean Jaurès signa un dernier éditorial dans le journal l'Humanité intitulé " Sang-froid nécessaire" dont je vous livre un court extrait : « Pour résister à l’épreuve, il faut aux hommes des nerfs d’acier ou plutôt il leur faut une raison ferme, claire et calme. C’est à l’intelligence du peuple, c’est à sa pensée que nous devons aujourd’hui faire appel si nous voulons qu’il puisse rester maître de soi, refouler les paniques, dominer les énervements ."  Une raison  claire, ferme et calme, c'est ce dont nous avons besoin aujourd'hui lorsque notre société prend le risque  du court-terme,  de l'invective, de la concurrence irraisonnée. Ces mots nous rappellent que c'est dans la coopération, la solidarité, la mise en commun et le droit social que se situe la République et que sera le monde de demain. Refouler les paniques, c'est ce qui a manqué aux diplomaties européennes en 1914 pour éviter la guerre qui nous a pris 79 Saviniens dans la fleur de l'âge, au milieu de dix millions d'autres.

 

Je vous remercie.

 

 

 

 

Retrouvez également les manifestes de l'ARAC et de l'UFAC.