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Autoroute A6, sortie Savigny-sur-Orge

L’autoroute A6 fait partie de notre paysage, quotidiennement emprunté par des milliers d’automobilistes inconscients des bouleversements que sa construction a engendré il y a un peu plus de 50 ans. Cette saignée dans la dense banlieue parisienne ne s’est pas faite sans mal.

C’est dans les années 1930, alors le réseau routier se montre de plus en plus inadapté à l’augmentation du trafic automobile, que germe l’idée d’un réseau entièrement neuf, projet stoppé par la 2de Guerre mondiale. Ce n’est que dans les années 1947-1950 que réapparaît le projet d’une autoroute au sud de la capitale, avec un 1er tronçon reliant Paris à Fontainebleau. La première étude prévoie un tracé rectiligne de Villejuif à Sainte-Geneviève-des-Bois, avec une courbe dans la vallée de l’Orge. D’un point de vue technique, ce tracé pose un certain nombre de problèmes : il traverse une zone marécageuse et nécessite la construction de cinq ponts sur des rivières ou des voies ferrées. De plus la courbe est importante, or, c’est bien connu, la ligne droite reste le plus court chemin, (revient moins cher et reste donc l’objectif principal). En 1950 un nouveau tracé plus rectiligne est adopté. Il a comme avantages de traverser un terrain de meilleure qualité et de ne nécessiter que deux ponts. Son inconvénient – majeur pour la ville de Savigny – est de traverser le domaine de Grand-Vaux. Qu’à cela ne tienne, les ingénieurs prévoient un tracé en déblai pour ne pas altérer la vue du château. Plus difficile est le passage dans une ville déjà bien urbanisée. D’autant plus qu’il est prévu de situer sur le territoire de Savigny l’échangeur qui desservira les villes alentour. Opération complexe au beau milieu des habitations et d’un réseau de rues anciennes, inadaptées au trafic automobile de l’époque, à plus forte raison futur. Si au départ la préférence va à une localisation près du château de Charaintru, en 1950, la décision est prise de raccorder l’autoroute au CD 25 - boulevard Aristide Brand - en créant une portion de voie départementale entièrement nouvelle. Plus encore que la seule chaussée de l’autoroute, c’est ce raccordement qui va le plus transformer le paysage de Savigny. Au total, 43 propriétés sont touchées. Même si par une dissymétrie des bretelles d’accès les ingénieurs tentent de respecter au mieux les habitations, 23 bâtiments sont démolis, 22 maisons et le café de M. Galland à l’angle des rues Aquette et Romain-Rolland ; des rues sont condamnées, un nouvel axe routier est créé. Dans l’ensemble, les habitations touchées sont des petites maisons anciennes mais deux belles propriétés ne sont pas épargnées et le domaine de Grand Vaux est inexorablement coupé en deux.

Etonnement, les protestations restent modérées, tant de la part des habitants que de la municipalité. Le problème le plus souvent évoqué est la destruction d’habitations alors que le manque de logements est crucial en cette période d’après guerre. Mais le maire reçoit des assurances quant à la reconstruction d’habitations. La municipalité est assez fataliste, les protestations n’ont pas empêché la mise en route du projet et chacun s’accorde à reconnaître la nécessité d’une autoroute. Les premiers travaux de construction débutent en 1953, mais ce n’est qu’en 1956-57, une fois les terrains libérés, que les travaux de terrassement et les ouvrages d’art sont réalisés sur le territoire de Savigny. En avril 1959, les chaussées sont construites. Le chantier du tronçon Paris – Corbeil, n’est achevé qu’au début de 1960 – la date prévisionnelle était 1956, reportée à 1958 puis fin 1959 –. L’inauguration à lieu le 12 avril et le 13 à midi, les premières voitures s’élancent sur le macadam.

Article réalisé d’après l’étude de Jean-Luc France-Barbou « La difficile genèse de l’autoroute du sud (1934-1964) » publiée aux éditions Presses des Ponts en 2010, consultable au service Archives-Documentation