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La crue du siècle à Savigny

Janvier 1910. Après un début d’hiver particulièrement pluvieux, le bassin parisien connaît des chutes de neiges abondantes puis de nouvelles pluies torrentielles. Le sol est saturé d’eau. Le 21 janvier, le niveau de la Seine et de ses affluents commence à monter. En 10 jours, le niveau au point de repère du pont d’Austerlitz à Paris passe de 3,20 m à 8,60 m, maximum atteint le 28 janvier. Paris et sa banlieue sont noyés.

L’Orge et l’Yvette sortent également de leur lit et inondent les villages riverains. Savigny, par sa situation légèrement surélevée, est moins touché que ses voisins ; seuls 7 bâtiments, tous situés dans la prairie Saint-Martin. sont touchés– Deux blanchisseries, la petite usine hydraulique de la commune et la maison du mécanicien des eaux ainsi que quatre habitations sont submergées par 1,30 m d’eau, les dégâts sont conséquents : passerelles emportées, fondations fragilisées, mobilier abimé, charbon et réserves noyés. Buanderies, chaudières et fourneaux des blanchisseurs sont inutilisables tout comme le moteur de l’usine des eaux. Si la majeure partie des maisons de Savigny est épargnée, on dénombre tout de même 60 personnes en chômage forcé. En effet, les transports sont coupés et bon nombre d’entreprises de la région sont dans l’incapacité de fonctionner, voir inondées. Mais la situation est beaucoup plus grave aux alentours, à Viry-Châtillon ou Juvisy, où 600 maisons sont inondées sur les 650 que compte le village.

Très rapidement, les secours s’organisent, la solidarité joue à fond. Le Maire met en place les premiers secours. Dès les premiers dégâts, des familles sinistrées de Juvisy et de Viry sont hébergées à Savigny. Spontanément, une collecte est organisée pour les biens de première nécessité : vêtements, outils, vivres. Une souscription est ouverte qui récoltera 1785 francs en 6 semaines. Le 30 janvier, la société de musique "la Cigale savinienne" organise un concert au profit des victimes. 112 personnes (21 Saviniens et 91 habitants des localités voisines) complètement démunies, seront logées, nourries, vêtues, chauffées durant 17 jours grâce à l’entraide de tout le village. Les écoles, la mairie et même des particuliers hébergent des familles entières. Une commission communale spéciale, mise en place à la demande du préfet, prend ensuite en charge la gestion des secours : distribution de vêtements, de bons d’alimentation, dédommagements des commerçants qui fournissent les vivres, puis estimation des dommages, calcul et répartition des indemnités tant pour les dégâts que pour les jours chômés, afin de redistribuer au plus juste les dons et les sommes envoyées par le préfet. Les chômeurs seront indemnisés à raison de 6,77 F par jour pour les hommes et 2,38 F pour les femmes, les pertes mobilières indemnisées.

Si la crue a duré 45 jours, les conséquences sur la vie agricole et économique se font sentir tout au long de l’année. Ainsi, les terrains inondés n’ont pu être ensemencés dans les temps. Malgré plusieurs tentatives, les récoltes sont maigres et tardives, les frais élevés et le manque à gagner important. En octobre 1910, puis en février 1911, le reliquat des indemnités est finalement distribué aux agriculteurs sinistrés.