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La paroisse Saint-Martin

Saint Martin est à l’origine une petite chapelle seigneuriale.

Le choix du patronage de Saint-Martin semble provenir du fait qu’un premier édifice de culte devait exister du côté de la montagne pavée, un moustier, peut-être fondé par les disciples de Saint Martin, grand évangélisateur de la Gaule. Le toponyme du quartier des prés-Saint-Martin en garde encore actuellement le souvenir.

Mais l’apparition d’un domaine et la construction d’un manoir fortifié incita la population à se regrouper à l’abri de ce lieu et à utiliser la chapelle du château.

Au début, bénéficiaires des revenus de l’église , les seigneurs s’en dessaisissent peu à peu à l’occasion de donations au profit d’institutions religieuses. La plus grande partie des revenus de Saint-Martin de Savigny passe au cours du XIIe siècle aux moines de l’abbaye de Longpont (1). Créée en 1062 par le seigneur de Montlhéry avec des moines venus de la très célèbre abbaye de Cluny, elle suit la règle bénédictine. Sous leur impulsion, le lieu de culte originel se transforme en église de style roman, puis gothique. La nomination du curé relève dès cette époque de l’évêque du lieu.

Après une période de prospérité propice au développement du village au sortir du féodalisme, la guerre de Cent Ans met le pays à feu et à sang. La population souffre, l’activité religieuse s’en ressent. L’église ne sort pas indemne d’un siècle de guerre. L’inspecteur épiscopal relève un certain laisser-aller dans l’entretien de l’édifice et les paroissiens se plaignent des prêtres trop souvent absents et indifférents à leur paroisse.

C’est en 1475, que par son mariage avec Anne Courtois, Etienne de Vesc devient seigneur de Savigny. C’est un personnage très important dans le royaume de France. Grand officier de la Couronne, membre du Conseil de régence, président de la Chambre des comptes de Paris, sa fortune est considérable à la fin de sa vie. Il fait reconstruire et agrandir le château ainsi que l’église, accroît le domaine des terres de Champagne et Viry, institue la foire de la Saint-Martin. Savigny va ressentir les bienfaits de sa présence et connaît un essor important qui se prolonge durant tout le XVIe siècle. La population quadruple en cent ans. Les marguilliers de la fabrique ont un rôle assez important que l’on peut comparer à celui d’une municipalité. Mais les prêtres manquent toujours d’assiduité bien qu’ils soient assez nombreux. En principe le curé de Savigny est assisté d’un vicaire pour Saint-Martin et un autre le seconde pour l’”annexe” de Villemoisson.

Après les guerres de religion, puis une période de prospérité, Savigny connaît ses heures les plus tragiques avec l’épidémie de peste de 1652. La population des environs, désemparée, afflue à Savigny sous la protection du château, mais un quart des habitants est décimé. Les trois prêtres de la paroisse succombent eux aussi à l’épidémie (2).

C’est en 1678 que les deux paroisses de Savigny et Villemoisson deviennent indépendantes.

En 1736, suite à des travaux de rénovation et d’agrandissement de l’église, le cimetière qui était jusqu’à présent autour du bâtiment est déplacé rue du mail, à l’emplacement de l’actuel N° 36.

Au XVIIIe siècle, la paroisse de Savigny est marquée par l’empreinte d’un curé exceptionnel : l’abbé Gaultier. Comme son prédécesseur l’abbé Joly l’a fait durant 27 ans, il prône de 1728 à 1780 la doctrine janséniste du retour à une piété et une morale austère. Il met toute la force de sa brillante personnalité à défendre ses convictions. Sa réputation de théologien dépasse largement le cadre de Savigny devenue paroisse d’accueil de nombreux jansénistes (3).

Au début de la période révolutionnaire, l’église et le curé jouent un rôle d’importance puisque toutes les annonces, discours et réunions se font dans l’église après la messe ou les vêpres et que le curé préside souvent les assemblées.

Mais la politique antireligieuse des dirigeants s’impose. En novembre 1790, une loi oblige les prêtres à prêter serment à la nouvelle constitution civile du clergé. Certains acceptent - les “jureurs” - d’autres refusent - les “réfractaires” -. Après bien des hésitations, l’abbé Deschamps-Dumesnil prête serment dans l’enthousiasme de ses paroissiens (4).

Le 18 novembre 1792, les registres paroissiaux des baptêmes, mariages et décès sont remis entre les mains des officiers municipaux devenant à l’avenir les registres d’état civil (5).

L’église, victime de la loi sur la récupération des métaux en vue d’équiper l’armée, perd trois de ses cloches en octobre 1793 (6) et la plus grande partie des objets du culte (calice, croix, encensoir …) en mai 1794.

La lutte contre la religion s’intensifie, comme bon nombre de prêtres constitutionnels le curé de Savigny abdique, rendant ses lettres de prêtrise en novembre 1793.

Mais l’esprit religieux est resté fort dans la paroisse. Une démarche de décembre 1793 du maire, accompagné de quatre officiers municipaux et du secrétaire-greffier, en est la preuve : se basant naïvement sur l’article 122 de la Constitution qui établit la liberté de culte, ces six personnes déléguées par les citoyens de Savigny et Grand Vaux se rendent à Paris chercher un prêtre. Bien entendu le pouvoir dictatorial du Comité de Salut Public sévit et les mène en prison (7).

Jusqu’en juillet 1801, date de la signature du Concordat entre le Consulat et le Saint-Siège officialisant la restauration du culte catholique en France, l’exercice du culte ne se fait plus que très irrégulièrement.

Fin 1802, l’abbé de Prémont arrive à Savigny marquant le début d’une suite ininterrompue de curés de la paroisse St Martin dorénavant payés par l’Etat. En 1806, l’abbé Lévêque reconstitue tant bien que mal les registres paroissiaux de 1793 à 1802. Les ressources sont modiques et proviennent essentiellement de la réservation des chaises à l’année, des enterrements, des dons des paroissiens aisés, et plus modestement des quêtes. Les registres paroissiaux, les registres de la Fabrique et les cahiers de comptes bien que succints, sont tenus assez régulièrement et représentent les principales archives de la paroisse.

En 1848 un orgue est installé sur la tribune construite à cet effet. Le seul élément connu est le prix : 2.600F, règlé par un emprunt de la Fabrique. En 1859, des travaux furent effectués par le facteur bien connu - Abbey - pour une somme de 2.000F. Une dépense aussi importante laisse supposer qu’il s’agissait d’une adjonction ou d’une modification importante. En 1890, une remise en état complète, facturée 2.500F, est effectuée par John Abbey, fils du précédent. L’orgue de St Martin est un des 8 existants encore de la période romantique sur les 750 répertoriés par l’inventaire général des orgues d’Ile-de-France.

A la suite de la loi de séparation entre l’Eglise et l’Etat de décembre 1905, la propriété de l’église Saint-Martin, de tout ce qu’elle contient répertorié dans un inventaire détaillé (8) et du presbytère construit par la commune à la demande expresse de la maréchale Davout en 1847, est transférée à la commune en 1906.

Gros bourg jusqu’à la première guerre mondiale, Savigny explose dans les années 1920 - 1930 avec les lotissements du coteau puis du plateau, entraînant la construction d’un second lieu de culte. L’église Saint-Martin étant trop petite et trop excentrée, a lieu la construction de Sainte-Thérèse. Simple annexe de Saint-Martin, elle est érigée en paroisse indépendante en 1931, suivie dans les années 1960 par l’église Notre-Dame-d’Espérance à Grand-Vaux.