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Les films historiques

Les fidèles auditeurs des conférences du lundi apprécient Jean Tulard, le spécialiste érudit de Napoléon et de l’Empire. Mais ils ont également découvert lundi 2 février cet auteur prolixe et talentueux conférencier en amoureux du septième art, qui a d’ailleurs publié un dictionnaire amoureux du cinéma. Jean Tulard a proposé une conférence passionnante autour de la véracité des films historiques, extraits d’œuvres à l’appui.

Convoquant Racine, un auteur portant son regard sur les hommes tels qu’ils sont, et Corneille, sur les hommes tels qu’ils devraient être, par analogie, Jean Tulard oppose les frères Lumières, pour lui, père du documentaire, à Georges Mélies. Quand ce dernier filme en cinéaste le Voyage dans la lune, avec toute sa poésie et son humour, il reconstitue son action en studio tandis que, lorsque Louis Lumière tourne l’entrée d’un train en gare ou le déjeuner de bébé, il devient documentariste.

Les réalisateurs d’épopée historiques ont besoin de conseillers pour élaborer leurs œuvres. Ainsi lors de la conférence, Jean Tulard se raconta comme précepteur sur plusieurs films et notamment sur une grande fresque consacrée à la Révolution française pour en célébrer le bicentenaire. Si la première partie réalisée par Robert Enrico ne posa aucun souci au conseiller, en revanche, le réalisateur de la seconde partie, l’américain Richard Heffron, commis un certain nombre d’anachronismes (la présence du roi Louis XVI lors du vote pour son exécution, par exemple, alors que la réalité était fort différente car alors le roi dormait dans la prison du Temple) qu’il imposa contre le gré de Jean Tulard et que ce dernier accepta de guerre lasse pour ne pas mettre en péril la production. Car, souligna ce dernier, reprenant les propos de Malraux : « Le cinéma est une industrie ».

« L’image n’est pas innocente » conclut Jean Tulard en racontant comme anecdote les propos d’un opérateur de télévision. Celui-ci, détestant un leader politique de renom, s’arrangeait toujours pour le cadrer de manière défavorable. Par cette confidence, le conférencier a souhaité que tous les spectateurs se méfient d’une lecture au premier degré de ces flux continus d’images télévisés qui nous offrent le monde à portée d’yeux. Mais sans recul et sans critique. Une invitation en quelque sorte à savoir décrypter la mise en scène de l’actualité.