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Camille Flammarion
Entre exotérisme et ésotérisme : Camille Flammarion

Lorsqu’il naquit dans un petit village de Haute-Marne le 26 février 1842, rien ne laissait envisager le destin extraordinaire de cet homme aux multiples talents dont les recherches scientifiques sont encore références pour nombres d’astronomes actuels.
Ainé d’une famille bourgeoise de quatre enfants et dont le cadet Ernest Flammarion laissera également son nom à la postérité avec la création des célèbres éditions éponymes, le jeune Camille se voyait très tôt destiné par son père à l’état ecclésiastique. Il entra donc à l’âge de 5 ans dans la maison de l’abbé Mirbel, curé du village afin d’y parfaire son éducation. Mais, la même année, le 9 octobre 1847, sa mère eut l’idée de placer dans la cour de la maison familiale la bassine utilisée pour laver le linge afin que le jeune garçon puisse regarder, grâce au reflet sur la surface de l’eau, l’éclipse solaire sans s’éblouir. Une vocation était née !
Au début des années 1850, la famille monte à Paris pour fuit l’épidémie de choléra et laisse l’enfant au bon soin du séminaire de Langres afin d’y poursuivre ses études théologiques. Celui-ci, peu enclin à ce genre de choses rejoindra ses parents en 1856 en la Capitale. Contraint de travailler pour aider la maisonnée, il sera aussitôt placé chez un graveur-ciseleur où il apprendra le dessin mais Flammarion est un visionnaire et il comprend très vite par l’intermédiaire de son père, employé de l’illustre Nadar que les esquisses de demain se nommeront photographies ! Courageux et volontaire, Flammarion poursuit des études le soir qui le mèneront jusqu’au baccalauréat en 1858 mais la charge de travail qu’il s’impose pour réussir pèsera sur sa santé. Un mal pour un bien peut être car cela lui permettra de rencontrer un homme qui va changer sa vie : son médecin, le docteur Fournier. Homme érudit et fin psychologue, le docteur ne tarde pas à comprendre la passion de son jeune patient pour les phénomènes spatiaux et c’est sans la moindre hésitation qu’il s’arrangera pour le faire entrer comme élève-astronome à l’Observatoire Impérial de Paris où il sera attaché au bureau des longitudes. Ce lieu select, place au centre de la capitale et où travaillèrent de grands noms comme Laplace, Lalande, Cassini et tant d’autres devient pour lui comme une seconde maison. Avide de connaissance, il assiste après ses heures de travail le professeur Jean Chacornac, célèbre découvreurs de comètes et météores dans ses observations nocturnes. En 1862, il publie son premier ouvrage La Pluralité des mondes habités. Ce livre sulfureux pour l’époque puisqu’il envisage une vie extraterrestre lui vaudra les foudres de son directeur Urbain Le Verrier qui le limogera aussitôt mais désireux de ne pas gâcher un tel talent, Charles-Eugène Delaunay, directeur du bureau des calculs le réengage pour calculer les éphémérides annuelles de la Lune. Rancunier, il entrera au comité de rédaction de la revue d’astronomie le Cosmos où il n’aura de cesse de combattre l’administration de Le Verrier. Sa notoriété grandissante le conduit en 1865 à devenir rédacteur scientifique au sein du très populaire journal Le Siècle et à donner de nombreuses conférences où il s’emploiera à vulgariser l’astronomie.
En 1868, de nouvelles études entreprises sur les courants aériens et l’hygrométrie l’entrainent à faire ses premiers voyages en ballon. Bien qu’ayant un esprit scientifique et cartésien sa curiosité le même à s’intéresser à l’ésotérisme. Il fréquente de plus en plus régulièrement le petit monde des spirites, magnétiseurs et autres acteurs du paranormal qui tiennent salon dans les milieux parisiens, il y croisera Victor Hugo et Théophile Gautier qui faisaient tourner les tables et le non moins célèbre Alan Kardec dont il prononcera l’éloge funèbre au Père Lachaise le 2 avril 1869. Partageant désormais sa vie entre les sciences occultes et celles plus traditionnelles, il conserve tout de même un peu de temps pour les plaisirs de l’amour et en 1874, il épouse Sylvie Petiaux-Hugo, lointaine parente du créateur des Misérables et pacifiste engagée (elle créera l’association la paix et le désarmement par les femmes en 1899). Partageant avec elle le gout de l’astronomie, c’est sans difficulté qu’il la convainc de partir en voyage de noce… en montgolfière. Inlassable écrivain, il rédige plusieurs ouvrages simultanément sur des sujets aussi variés que la mort, la divination, la télépathie, l’atmosphère, les comètes etc…
Les progrès de l’optique lui permettent en 1876 de suivre les changements saisonniers sur la planète mars et son aérostat d’analyser les phénomènes particuliers de l’électricité atmosphérique. Son frère Ernest, dont la maison d’édition s’est confortablement développer vient de faire fortune en publiant l’Assommoir de Zola et aide son ainé en publiant, en 1879, l’Astronomie Populaire qui reste considéré encore aujourd’hui comme une référence dans le domaine.
En 1881, le 18 janvier, il est fait Chevalier de la Légion d’honneur par le président Jules Grévy (il deviendra Officier en 1912 puis Commandeur de cet Ordre en 1922) et c’est en 1883 qu’il héritera de l’un de ses admirateurs, Louis-Eugène Meret riche négociant bordelais mort sans héritier un ancien relais de poste. Il ne tardera pas à transformer ce lieu en observatoire en l’équipant d’une coupole astronomique. Il y réunira une riche collection de traités scientifiques. Toujours en recherche de nouveautés pour le progrès de la science, Camille développera l’astrophotographie avec son nouvel adjoint Ferdinand Quénisset, devenu célèbre pour ses images de Vénus notamment. En 1887, Flammarion créera la réputée Société Astronomique de France (S.A.F.) et son organe de presse l’Astronomie, qui encore de nos jours vulgarise la discipline pour permettre au plus grand nombre de la comprendre. Puis en 1892, reprenant les études de son confrère italien Giovanni Schiaparelli, il publie La Planète Mars et ses conditions d’habitabilité mais ira bien plus loin que lui dans sa description de l’astre rouge puisqu’il n’hésitera pas à affirmer que les canaux en sillonnant le sol pourraient avoir été tracés par « une race supérieure à la notre » !
Jusqu’à la première guerre mondiale s’enchaineront de nombreux ouvrages rédigés dans le calme de son observatoire au côté de son Epouse Sylvie jusqu’à la mort de cette dernière frappée par la fièvre espagnole en 1918. Peut être est ce à cause de cette perte qu’il se consacrera à partir de ce moment davantage aux sciences ésotériques ? Espérait-il la revoir lors de ses séances de spiritisme ou de ses visites de maisons hantées ? Il épousera néanmoins un an plus tard son assistante Gabrielle Renaudot, fille du sculpteur Jules Renaudot à qui l’on demandera pour un temps d’exposer dans les jardins du Luxembourg. Celle-ci est également une astronome émérite, ses publications sur Mars et Jupiter lui vaudront de voir un cratère de la planète rouge porter son nom et un astéroïde son prénom.

C’est fidèle à lui-même et à son acharnement au travail que Camille Flammarion mourra dans son bureau de l’Observatoire Juvisien terrassé par une crise cardiaque. Il repose aujourd’hui dans le parc jouxtant le batiment.