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Malavoy et la Grande Guerre

DES MOTS POUR OUBLIER LES MAUX DE LA GRANDE GUERRE

Quelques jours avant la célébration du centenaire de la Grande Guerre, Le vendredi 7 novembre à la salle des Fêtes, Christophe Malavoy et le Quatuor à cordes Psophos ont interprété « Qui se souviendra », une pièce issue d’un texte du comédien, parmi tant d’autres, sur l’expérience et la mort de son grand-père au front.

De l’obscurité retentissent des tirs nourris, prenant les spectateurs en embuscade. Puis sur un voile de tulle lancé sur l’avant-scène sont projetées des lettres, des phrases symboles d’une correspondance exhumée. Et puis, il y a ces petits films présentant des saynètes de l’époque, des scènes de vie quotidienne, des souvenirs en noir et blanc. Soudain, dans le halo d’un projecteur apparaît Christophe Malavoy, interprétant son propre grand-père. Après la mobilisation, lui aussi se prépare au départ. Avec des au revoir pleins de tendresse, le futur combattant lance à son épouse : écris-moi.

Puis, il y a ce quai de gare grouillant de cette foule presque joyeuse et insouciante avec le départ des civils prenant d’assaut les trains pour aller vers le front. « La guerre ne durera » peut-on entendre ici et là. Le dispositif scénique, avec la projection de photos et de films à la fois sur le voile et sur un écran en fond de scène, contextualise une époque oubliée de la mémoire des spectateurs comme une plongée salutaire pour se remémorer le passé.

Et, il y a ce quatuor à cordes avec une musique lancinante comme la mort qui rôde et enveloppe les corps. Le récit de Malavoy apprivoise le quotidien des combattants, décrit la souffrance et la désolation de ce grand-père qui tombe sous le feu ennemi. Nous, spectateurs, vivons au rythme des éclats d’obus, avec le goût dans la bouche de ce sang des blessés, comme le temps suspendu aux lèvres du mourant. La diction de l’acteur, curieusement appuyée, donne parfois dans une tonalité populaire. Certainement pour marquer socialement la personnalité de cet ancêtre.

Mais « qui se souviendra » lance soudain Malavoy. Les civils s’habituent à la guerre, l’oubli s’impose pour mieux ignorer les souffrances, les gueules cassées et les drames. Alors qui se souviendra ? Avec pudeur, l’acteur déchire le voile de l’indifférence pour que chacun puisse partager, le temps d’un spectacle, le deuil d’une femme ou d’une famille qui vient de perdre un être précieux. Cent ans plus tard, la douleur reste intacte.