Edouard FERRON

26 ans de mandat : le record d’Edouard Ferron

Elu suite à un concours de circonstances, il a pourtant effectué le plus long mandat de l’histoire de Savigny et accompagné la commune dans deux passages symboliques : son entrée dans le 20ème siècle et sa transformation de village en ville.

Edouard Ferron naît à Vosves, petit village beauceron d’Eure-et-Loir, en 1859. Son père est cultivateur, mais lui suit les traces de son grand-père maternel en devenant clerc de notaire. Comme beaucoup, il « monte à Paris » pour trouver un emploi, et exerce à Longjumeau. Il épouse en 1884, à Savigny-sur-Orge, une jeune couturière de 20 ans, Marie Grimaud, fille d’ouvriers saviniens. Le couple s’installe à Longjumeau où naît leur fils Henri en 1889. Edouard Ferron est alors devenu huissier de justice. En 1899, les Ferron acquièrent une maison à Savigny. Ils la revendront en 1909 après avoir fait construire dans la toute récente rue Nouvelle une jolie bâtisse en meulière, qui sera plus tard immortalisée par une carte postale légendée « propriété de monsieur Féron, maire ».

Bien que nouvel arrivant à Savigny, Edouard Ferron est élu conseiller municipal en mai 1899. Lors de l’élection du maire, les conseillers municipaux désignent sans grande surprise le premier adjoint du maire précédent, Louis Gilles, agriculteur et membre d’une vieille famille savinienne. Coup de théâtre, Louis Gilles refuse la charge de maire car il ne souhaite pas plus de responsabilités que celles de premier adjoint. Lors du second vote, c’est alors Edouard Ferron, qui avait obtenu 2 voix au 1er tour contre 13 pour Gilles, qui est élu maire à la quasi-unanimité (13 voix sur 14). Son statut d’homme de loi, son habitude de la « paperasserie administrative » ont-ils joué en sa faveur ? En tout état de cause, l’homme ne décevra pas ces concitoyens et sera régulièrement réélu jusqu’en 1925.

Un maire tourné vers l’avenir
Ainsi, Edouard Ferron est le maire de Savigny-sur-Orge lors du changement de siècle : tout un symbole ! En effet, à la tête de la commune durant tout le premier quart du XXe siècle, l’homme accompagnera l’évolution du village à la ville, mettant en œuvre les transformations qui préfigurent la naissance de la ville de banlieue parisienne.
Dès 1900, Edouard Ferron doit ainsi gérer un dossier épineux : le doublement des voies de la ligne du Paris-Orléans, qui pose d’innombrables soucis administratifs et des problèmes d’urbanisme. Le projet va considérablement modifier le paysage savinien : un passage sous-terrain remplace le passage à niveau, Savigny est définitivement coupée en deux par le chemin de fer.
Les avancées technologiques se multiplient en ce début de siècle, et le progrès est partout : Edouard Ferron croise quotidiennement dans les rues de sa commune Louis Ducos du Hauron – l’inventeur prodigue de la photographie en couleur. Il assiste à la ferme de Champagne à la démonstration d’un engin agricole révolutionnaire, le tracteur. Il prend part à la grande fête organisée pour l’inauguration du premier aérodrome du monde, le terrain de Port-Aviation à Viry-Châtillon. En homme moderne, le maire entraîne sa commune sur la voie du progrès : l’éclairage public au gaz éclaire désormais les rues (le conseil municipal avait, en 1901, suggéré un essai prudent sur 6 lanternes seulement !), les travaux pour l’adduction d’eau potable sont terminés en 1908, le téléphone est installé à la mairie en 1911.
Sur le plan social également, Edouard Ferron agit avec dynamisme : depuis la gratuité des fournitures scolaires pour tous les petits écoliers saviniens, jusqu’aux secours portés aux sinistrés des inondations de 1910 – si seuls 21 Saviniens ont subi des dommages, 99 habitants de communes voisines sont accueillis et secourus par la municipalité. Sur un registre plus léger, il crée en 1903 la fanfare municipale avec les membres de la société « fanfare de Savigny ». L’euphorie de ce début de siècle est néanmoins de courte durée. Edouard Ferron aura aussi la lourde tâche de gérer les affaires de la commune durant l’épreuve de la Première Guerre mondiale : restrictions, sécurité, réquisitions… Surtout, c’est lui qui aura, 79 fois, la pénible mission d’annoncer aux familles éprouvées le décès d’un des leurs. Après la guerre, le phénomène des lotissements transforme la région proche de Paris, donnant naissance à la banlieue. Savigny est touchée par le phénomène. Les terres agricoles abandonnées du plateau sont vendues par l’intermédiaire de sociétés immobilières à la population ouvrière qui afflue vers Paris. Les coteaux et le plateau se couvrent de petites maisons. Dans les dernières années de son mandat, Edouard Ferron doit faire face aux premiers problèmes qui naissent de cet afflux de population. A partir de 1923, le maire organise l’aménagement des lotissements en cours ou en projet de création. 130 constructions en 1923, 188 en 1924, entre 1923 et 1924 la densité de population a doublé. En février 1925, Edouard Ferron, conscient des besoins de ces nouveaux habitants, fait acquérir par la municipalité des terrains dans le nouveau quartier du plateau pour y construire des bâtiments communaux.

En 1925, âgé de 66 ans, il ne se présente pas au renouvellement de son mandat. C’est Clément Noël qui lui succède au fauteuil de maire. Il quitte Savigny quelques mois plus tard, en 1926. Nos Archives perdent alors sa trace : la famille Ferron est-elle retournée en Eure-et-Loire d’où Edouard était originaire ? Son fils Henri, qui poursuivit la tradition familiale en exerçant le métier de clerc-de-notaire, décèdera en 1977 à la Seyne-sur-Mer.
En novembre 1941, le Conseil municipal décide d’honorer la mémoire d’Edouard Ferron en donnant son nom à une rue. Située non loin de la mairie, elle porte toujours ce nom.