Page d'accueil » Culture » Archives & Histoire » Pages d’Histoire » Savigny au fil de l’Orge
Savigny au fil de l’Orge

Les beaux jours reviennent, c’est l’occasion de profiter de l’ambiance champêtre qu’offre la promenade des bords de l’Orge.

Elle s’écoule paisiblement entre les pavillons de meulière et les quartiers récents. Au cours des siècles, elle a vu les anciens villages de ce petit coin d’Ile-de-France évoluer pour devenir les villes que nous connaissons aujourd’hui. Mais au cœur de ces espaces urbains, ses berges continuent d’offrir aux promeneurs un précieux brin de nature. Affluent de la rive gauche de la Seine, l’Orge prend sa source à Saint-Martin-de-Béthencourt, aux confins des Yvelines et de l’Essonne. Elle sillonne d’ouest en est le département de l’Essonne sur 50 kilomètres, avant de se diviser en deux bras qui se jettent chacun dans la Seine, à Athis-Mons et Viry-Châtillon. Ce cours a été profondément modifié par l’homme jusqu’au début du XXe siècle, tout d’abord par la construction de nombreux moulins, puis pour limiter les dégâts liés aux crues. Au fil du temps, la ville et la rivière se sont imbriquées : l’Orge forme désormais la délimitation naturelle entre Savigny-sur-Orge et les communes de Villemoisson, Morsang-sur-Orge et Viry-Châtillon. L’entretien de l’Orge et de ses affluents a été réglementé pour la première fois par deux ordonnances du Roi Louis Philippe en date des 20 juin 1844 et 7 décembre 1846. Aujourd’hui, le SIVOA (syndicat mixte regroupant en intercommunalité 33 communes riveraines) assure la gestion et l’entretien de la rivière dans sa partie inférieure, le SIVSO pour la vallée en amont d’Arpajon. Un réseau de chemins et de pistes cyclables, entretenu par le SIVOA, borde à présent la rivière. Une véritable aubaine dans notre banlieue urbanisée ! Longer les rives de l’Orge est ainsi une agréable façon de flâner dans Savigny-sur-Orge, en retrouvant une ambiance proche de celle du début du XXe siècle, lorsque Savigny n’était encore qu’un village.

A l’époque, toute une vie anime les berges de notre rivière. Les pêcheurs y taquinent un poisson abondant. De nombreux ponts ou passerelles permettent aux piétons comme aux charrettes de traverser facilement. Au carrefour des communes de Savigny, Morsang et Viry, un important réseau de bras secondaires, appelés boëles, forme un paysage lacustre. Le parc du château comme ceux des belles propriétés de la rue de Rossays, s’étendent jusqu’au bord de l’eau, où de petits embarcadères offrent la possibilité de promenades en barques. Aux beaux jours, on s’adonne aux joies du canotage et des pique-niques sur l’herbe. Les berges sont aussi ponctuées de nombreux lavoirs, qui concurrencent la blanchisserie « de gros et de fin » de Narcisse Guillon. Les femmes viennent y laver le linge et échanger les derniers potins.

Plus loin, l’Orge traverse les prairies où paissent les troupeaux de vaches des fermes saviniennes. À cette époque, la rivière pouvait aisément et sans dommage sortir de son lit lors des crues. De nos jours au contraire, l’Orge dans sa partie aval traverse une zone fortement urbanisée. Ce bétonnage intensif pose le problème de l’imperméabilité des sols, ce qui entraîne de très forts risques d’inondation. Il a donc fallu domestiquer la rivière : lorsque l’Orge grossit, elle est mise en retenue dans des bassins de rétention, ou dans les prairies naturelles réaménagées à cet effet. Une fois la crue terminée, l’eau ainsi stockée retourne à la rivière grâce à un système de vannes.

Mais quand le débit de l’Orge ne cause pas de débordements, il peut rendre de grands services : ainsi, l’Orge a longtemps alimenté en énergie le moulin Joppelin, situé sur la rive de Viry mais dépendant du domaine du château de Savigny. Démoli en 1813, il est reconstruit et agrandi et prend le nom de moulin d’Eckmühl, en hommage à son propriétaire, le maréchal Davout. Il sera ensuite successivement transformé en brasserie, qui produit la bière de Savigny, puis reconverti en entreprise de peinture en 1930. Victime de l’urbanisation, il est finalement détruit en 1967 pour être remplacé par un ensemble immobilier. De même les boëles sont peu à peu comblées pour laisser place à de nouveaux quartiers. Ainsi modelée, l’Orge s’est finalement coulée dans le paysage urbain actuel tout en conservant une partie de son charme d’antan.